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Projet

Urne miroir

Date : Octobre 2014
Type : Design objet

Les Urnes miroirs en verre soufflé argenté reflètent l’environnement et les personnes rassemblées autour de la mémoire du défunt. Cette série d’objets a été développée pour les pompes funèbres L’Autre Rive.

L’Urne miroir fait partie d’une série d’objets funéraires qui joue sur la relation entre intérieur et extérieur. L’urne, par définition, contient les cendres du défunt, mais ici elle reflète également l’environnement dans lequel elle prend place, de sorte que la limite entre intérieur et extérieur ne paraît plus si distincte.
L’objet, de par sa surface miroitante, s’efface, il se fond dans l’environnement et disparaît, pour devenir un fragment de l’espace, un reflet de nous-mêmes, une réalité tourmentée qui nous échappe. Dans la veine des memento mori, l’Urne miroir en évidant la forme et sa présence, nous montre l’absence à laquelle nous confronte la mort, la disparition. Mais elle reflète également la présence de ceux qui restent, des personnes rassemblées autour de l’être disparu. Des glissements s’opèrent donc entre l’intérieur et l’extérieur, entre la vie et la mort, pour mieux parler de passage.

L’Urne miroir répond à l’inéluctable paradoxe qu’expose Georges Didi-Huberman dans Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, au sujet des tombeaux, à savoir « l’inéluctable scission du voir » (provenant de « l’inéluctable modalité du visible » formulé par James Joyce dans son Ulysse). Une œuvre de perte, l’urne funéraire n’est en définitive pas autre chose. La description du paradoxe est ici très parlante : « D’un côté, il y a ce que je vois du tombeau, c’est-à-dire l’évidence d’un volume […] : une masse […]. D’un autre côté, il y a […] ce qui me regarde : et ce qui me regarde dans une telle situation n’a plus rien d’évident, puisqu’il s’agit au contraire d’une espèce d’évidement. Un évidement qui ne concerne plus du tout le monde de l’artefact ou du simulacre, un évidement qui touche là, devant moi, l’inévitable par excellence : à savoir le destin du corps semblable au mien, vidé de sa vie, de sa parole, de ses mouvements, vidé de son pouvoir de lever sur moi les yeux. Et qui pourtant me regarde en un sens – le sens inéluctable de la perte ici à l’œuvre [1]». Et c’est encore au memento mori que nous renvoie cette œuvre de perte, ce volume doué de vide.L’urne est traditionnellement une boîte, ici elle prend la forme d’une bulle d’absence, d’un reflet, d’une lumière. La bulle miroitante fait chanceler notre perception qui se prête au jeu des anamorphoses cher à la Renaissance. Le miroir sert alors de porte qui ouvre sur un espace troublé. Elle est une interface qui engendre les questions suivantes : « que serait donc un volume – un volume, un corps déjà – qui montrerait […] la perte d’un corps ? Qu’est-ce qu’un volume porteur, montreur de vide ? Comment montrer un vide ? Et comment faire de cet acte une forme – une forme qui nous regarde ? [2] »
Si traverser le miroir de Lewis Carroll nous ouvre sur l’espace de l’inconscient et du rêve, le reflet de tout temps a entretenu un lien avec la mort. Dans la tradition grecque, Persée utilise le miroir pour ne pas être pétrifié par le regard de Méduse, autrement dit pour ne pas affronter la mort en face. Comment peut-on regarder la mort en face et la vaincre? De là, cette remarque de Cocteau sur les miroirs, dans son Orphée : « Je vous livre le secret des secrets… Les miroirs sont les portes par lesquelles la mort vient et va. Du reste, regardez-vous toute votre vie dans une glace et vous verrez la mort travailler comme les abeilles dans une ruche de verre [3] ».

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Notes :

[1] Georges Didi-Huberman, Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, 1992.

[2] Idem.

[3] Jean Cocteau, Orphée, 1926.